![]() 1845-1938 | |||
| |
| Apollonie
de la Rochelambert voit le jour en 1825. Ses parents, qui possédaient un château à Thévalles (Mayenne), émigrent en 1830 dans la capitale de la Prusse, Berlin. Son père est français, sa mère est russe. Apollonie passe toute sa jeunesse dans ce pays. Elle avait « sucé l’allemand avec le lait et sa gouvernante ne lui parlait qu’en anglais ». Elle fréquente la famille royale de PRUSSE, les princes HOHENZOLLERN dont elle, sa mère et ses soeurs deviennent rapidement la coqueluche. Les cures dans les stations thermales sont les occasions de retrouvailles avec la Cour de France. Elle sera ainsi bercée sur les genoux de CHARLES X. à droite: la marquise Apollonie I de la Rochelambert née comtesse de Bruges (1803-1891) mère de la comtesse de Valon |
![]() |
![]() | En 1839, deux années d’études à Paris au couvent des Dames Anglaises puis retour en Allemagne. A dix-huit ans, elle écrit sur son journal : « J’aime mes amies de Berlin, je n’aime pas Berlin, ce pays de sable et de poussière qui doit avoir été créé un mercredi des Cendres. Oh ! quand reviendrai-je en France dans mon Thévalles (Mayenne) ». La Comtesse Apollonie ressemble à ce portrait de Valentine de RAMBAULT dressé par George SAND (l’amie de pension de sa mère): « Elle est blanche, blonde, calme, grande, admirablement belle de tous points. Dans la courbure de son profil, dans la finesse de ses cheveux, dans la grâce de son cou, dans la largeur de ses blanches épaules, il y avait mille souvenirs de la Cour de Louis XIV ». |
| En juin 1845, Apollonie obtient de ses parents le retour en France. Sur l’embarcadère, il ne manque personne : la famille royale de PRUSSE, les jeunes comtes BISMARCK, MANTEUFFEL, PERPONCHER qui s’est épris de la jeune Apollonie. Peut-elle imaginer qu’elle va se retrouver sur leur chemin, en dramatiques circonstances, 25 ans plus tard ? |
|
| Le 4 décembre, les troupes du général MANTEUFFEL investissent la vallée de l’Andelle, réquisitionnant et brûlant à la moindre résistance. Est-ce sur recommandation du général MANTEUFFEL, mais ROSAY et LYONS seront moins maltraités ? | |
![]() | Quelques
paysans embusqués tirent alors contre l’avant-garde prussienne. Pris, ces francs-tireurs
sont condamnés à être fusillés. En application de la proclamation prussienne de
CLERMONT le 28 Août, ne seront traités comme prisonniers de guerre que ceux qui
pourront justifier de leur appartenance à un corps régulier de l’armée. Le village
de ROSAY doit être incendié. Le bombardement de LYONS est prévu. Mme de VALON
plaidera habilement leur cause et les sauvera. Le général MANTEUFFEL se trouvant
à ARGUEIL, Mme de CASTELBAJAC se fera connaître comme la fille de Mme de VALON
et obtiendra un contre-ordre au bombardement de LYONS. Les amitiés de jeunesse
de sa mère avaient sauvé les deux villages.Des lettres de remerciement seront
adressées au château. |
| Narcisse
LEGRAND écrit le 18 : « la journée du 6 décembre 1870 restera éternellement dans ma mémoire. Je verrai sans cesse Madame la Comtesse s’opposer à mon exécution et obtenir par son courage que l’on me rende ma liberté » et Joseph COMPAGNON «Rosay le 9 décembre 1870 Mme la Comtesse de VALON, Il est difficile pour moi de trouver des expressions pour vous remercier de m’avoir rendu la vie… …Vous, Madame la Comtesse, malgré les médisances et la calomnie que l’on vous a dit de moi, vous avez quitté votre demeure pour venir supplier un simple colonel, pour qui ? pour moi… » Le nombre des graciés sera de huit à dix et un certain Pimpernel de Rosay, retenu quelques temps en prison. Le jeune Lieutenant Bertrand de VALON sera blessé gravement à la suite d’une chute de cheval, le 7 Janvier. Il reprendra son service comme officier d’ordonnance auprès du général Brullé le 12 Février. L’armistice est signé le 28 janvier 1871. | |
| Les négociations de la paix | |
Le 8 Février à BORDEAUX, THIERS est nommé chef du pouvoir. Le 19, POUYER-QUERTIER fait partie du gouvernement comme ministre des Finances. Les allemands ont laissé ROSAY dans le plus lamentable état. Il avait fallu huit jours de nettoyage et de désinfection pour le rendre habitable. Le 3 mars, Léon écrit à sa femme : « les prussiens ont imaginé de frapper sur tout notre pays déjà frappé par leur passage un impôt de 25F par habitants… …Une démarche en ton nom de Gaston (le gendre) à Versailles, où il a pris Treskow et Perponcher pour intermédiaire, a eu le résultat d’exonérer d’abord Rosay et Argueil entièrement … … Voilà donc la paix signée. POUYER, S.E. le ministre des finances me l’écrit, mais je n’en saurai les conditions que ce soir.. …s’il est vrai que BISMARCK ait exigé la cession de l’Alsace et de la Lorraine, il a commis une grande faute, car nos enfants les reprendront…La belle se jouera. Mais peut-être ne la verrai-je pas ?» Le 11 mars, Mr de VALON écrivait de Paris « … une histoire, une jolie histoire ! … Ce commandant LEFORT, si bien tourné, à façons si charmantes, que tu as reçu à Rosay, avec qui tu avais plaisir à discuter, qui a passé deux mois à Lyons, logeant à l’hôtel de la Licorne, commandant d’un escadron d’éclaireurs rouennais… …chassant de temps à autre un uhlan à courre et buvant fort bien un verre d’eau de vie, cet homme qui a émerveillé Gaston, Valonette, toi et moi par sa distinction extrême, … …qui a fait la guerre en Amérique…sais-tu qui il était ! et quand tu le sauras, tu te pardonneras difficilement peut-être de lui avoir tenu certains propos politiques ! cet homme c’était le second fils du Duc d’Orléans…le Duc de CHARTRES » Le 9 Mars, le maréchal des logis René de VALON était décoré de la médaille militaire. Autre satisfaction pour la famille : la Marquise de CASTELBAJAC donnait le jour à un garçon, le 14 Mai (capitaine des Dragons en 1910) Le 19 Mars, un télégramme de POUYER-QUERTIER informait Mme de VALON que la capitale était au pouvoir de l’insurrection communaliste. Le gouvernement légal s’était retiré à Versailles. THIERS, chef du gouvernement, confie à POUYER-QUERTIER la négociation de la paix avec la Prusse, en considération de ses relations avec BERLIN (en fait, celles de Mme de VALON). Le 5 Mai, le ministre des finances, s’attache les services du lieutenant Bertrand de VALON comme secrétaire particulier et l’emmènera aux négociations de FRANCFORT et de BERLIN. Bertrand retrouvera les nombreuses relations de sa mère et servira d’interprète. Les négociations de FRANCFORT débutent le 6 mai. Un traité est signé le 10 Mai. Le général de MANTEUFFEL, nommé commandant en chef de l’armée d’occupation, s’installe à COMPIEGNE. Ami personnel de l’Empereur de PRUSSE, il souhaite renouer rapidement des contacts avec ses relations de France dont Mme de VALON. La libération de l’Eure, la Seine-Inférieure et la Somme doit suivre le premier demi-milliard de rançon, à verser avant le 15 Juillet. Le 5 Juillet, POUYER-QUERTIER fait appel à Mme de VALON qui accompagne les négociateurs français à COMPIEGNE. Dépôt le 6 Juillet Ministre des Finances à Comtesse de VALON Argueil Seine Inférieure « vu le général (MANTEUFFEL) pendant deux heures en tête à tête. Avec lui on se mettra d’accord par votre intermédiaire. Vous pouvez rendre d’immenses services à la France… J’ai payé 120 millions aujourd’hui, lundi le solde du premier demi-milliard. Evacuation de Seine Inférieure, Somme et Eure. Le reste bientôt si vous arrivez à temps.. » Le 5 Août, c’est Edwin MANTEUFFEL qui écrit à Mme de VALON : « très gracieuse marquise Apollonie … Venez, venez, je vous en prie, ou si cela ne suffit pas, je vous en supplie venez ici…. C’est contre la nature que je dois parler de faire les honneurs de Compiègne à vous et à Monsieur le Ministre… Mr POUYER QUERTIER est l’un des hommes qui me font impression… » Le général MANTEUFFEL, le 10 Août, cette fois à POUYER QUERTIER : « … je partage avec vous , Monsieur le Ministre, l’espoir que l’accord verbal qui s’est établi entre nous….que notre projet d’entente donnera, par l’approbation impériale - que j’attends avec impatience- des avantages réciproques aux deux nations… » Malheureusement BISMARCK veille et persuade l’Empereur de refuser cet accord. POUYER QUERTIER s’adresse alors par courrier le 14 Août à Mme de VALON : « Au secours ! chère Comtesse, me voilà inondé de dépêches allemandes et françaises. Manteuffel, Saint Vallier, prince Bismarck, …dansent la sarabande. Il me faut votre connaissance des choses, des hommes, du pays, pour distinguer le rôle de chacun.. » Le 3 Septembre, la France réglait le troisième demi-milliard. Les départements parisiens étaient évacués. THIERS concevait l’idée d’une négociation directe à BERLIN, avec BISMARCK et l’Empereur. POUYER QUERTIER arrive à BERLIN le 8 Août 1871. Devant la surenchère permanente de BISMARCK, notre ministre obtient un entretien avec l’Empereur. BISMARK doit revenir à la raison. POUYER-QUERTIER signe une convention avec la PRUSSE, le 12 Octobre, dans des conditions jugées avantageuses par THIERS. Le Ministre des Finances écrit alors à Mme de VALON : « mon voyage à Berlin et la convention heureuse que j’ai pu y contracter le 12, resteront pour moi un des plus chers souvenirs de ma vie. Permettez-moi, en témoignage de notre vieille et solide amitié, de vous offrir une photographie qui rappelle cet événement qui s’est accompli sous les yeux de votre fils Bertrand de Valon.. » A partir de Novembre, la situation entre les deux pays se crispe. Des soldats allemands ont été tués. La France a acquitté ou refusé l’extradition des coupables. La presse allemande, BISMARCK sont déchaînés. Le Commissaire Extraordinaire du gouvernement, Mr de SAINT-VALLIER, sollicite le 19 décembre Mme de VALON : « …la situation est fort difficile, d’ailleurs en ce moment bien plus difficile qu’à Compiègne cet été. L’irritation a fait de grands progrès de part et d’autre….Laissez-moi vous dire aussi, Madame, ma gratitude de l’appui que vous nous donnez. Je sais trop le bien que vous nous avez fait à Compiègne pour ne pas être certain que votre nouvelle intervention va encore apporter d’heureux résultats… » POUYER QUERTIER poursuit sa mission de libération totale du territoire lorsqu’éclate l’affaire JANVIER LAMOTTE, préfet de l’EURE ami personnel du ministre. Réfugié en SUISSE, accusé de virements fictifs (pratique courante sous le Second Empire !), il est finalement acquitté mais des esprit jaloux de POUYER QUERTIER obtiendront la démission de celui-ci en mars 72. THIERS l’acceptera mais aura la sagesse de lui confier la poursuite des négociations. L’évacuation totale du territoire sera effective le 16 Septembre 1873 à midi. En reconnaissance de son action dans la libération anticipée du territoire, POUYER-QUERTIER est directement élevé au rang de Grand Officier de la Légion d’Honneur, le 19 Octobre. Il semble que des affinités secrètes aient lié ces deux natures plantureuses qu’étaient notre ministre et BISMARCK. On peut penser que POUYER QUERTIER n’ait pas été étranger à la conversion au protectionnisme du libéral BISMARCK. En 1871, lors des négociations de BERLIN, POUYER QUERTIER lançait: « je vous paierais bien mille marks, au profit du bureau de Bienfaisance de ROUEN, qu’avant 4 ou 5 ans vous serez protectionniste ! » C’est tenu avait répliqué le Prince. Et après son revirement, il envoya à POUYER QUERTIER un chèque de 1000 marks signé : Bismarck protectionniste. En Août 1872, Mme de VALON et son fils Bertrand effectuent un séjour de plusieurs semaines en Italie. Apollonie obtiendra une audience privée auprès du Saint-Père et l’entretiendra de l’église de ROC-AMADOUR, souhaitant son érection en basilique. |
|
| La première tentative de restauration monarchique | |
Un peu de généalogie… Les Légitimistes comme les Orléanistes sont issus de la lignée des Bourbons. Les légitimistes CharlesX, petit-fils de Louis XV, frère cadet de LouisXVI et de LouisXVIII, sera roi de France de 1824 à 1830. Son petit-fils, le Duc de Chambord (prétendant HenriV), chef du parti légitimiste, rassemblera sur son nom tous les partisans de la Restauration jusqu’à sa mort en 1883. Son successeur désigné sera le Comte de Paris. Les Orléanistes Leur famille descend en ligne directe de HenriIV et de Marie de Médicis. Louis-Philippe 1er , roi de France de 1830 à 1848, était le fils de Louis-Philippe d’Orléans. Ce dernier, connu sous le nom de Philippe-Egalité, était le cousin de Louis XVI. Celui qui avait voté la mort du Roi avant de connaître lui-même la guillotine. Dans les années 1870-1880, le Duc de Nemours, Louis, était le fils de Louis-Philippe 1er . Les neveux de Louis, le Comte de Paris (Louis-Philippe) et son frère le Duc de Chartres (Robert) étaient les petits-fils de Louis-Philippe 1er. Le Comte de Paris, décédé en 1999, était le petit-fils de Robert. Paris-Match a publié , dans un numéro de l’année 2000, l’album photo de l’expédition de Robert en Amérique vers 1860, pendant la guerre de sécession, le fameux commandant Robert Lefort qui avait ébloui la famille de Valon pendant la guerre de 70. |
|
![]() Un verre à la main, Robert le duc de Chartres. Barbu, en tenue militaire, le Comte de Paris qui participe au conflit comme aide de camp du général nordiste Mac Clellan. Avec un chapeau, leur oncle, le Prince de Joinville. Le prince avait eu la charge de ramener les cendres de Napoléon à Paris en 1840 |
|
Après le renversement de THIERS en mai 1873 et son remplacement par le maréchal MAC-MAHON, aura lieu ce que l’on a appelé « l’essai de restauration monarchique ». Madame de VALON y sera mêlée activement. Les principaux organisateurs étaient de ses parents, de ses amis. POUYER QUERTIER avait été converti à la cause légitimiste qui considérait le Comte de CHAMBORD comme roi de France. Au salon de la rue Saint-Florentin, on préparait à la hâte l’intronisation du Comte de CHAMBORD. En novembre, après avoir franchi la frontière en voiture, celui-ci se rendra à VERSAILLES par le chemin de fer. Il devait alors revêtir un costume de général de division. La monarchie était assurée d’une majorité dans l’assemblée nationale mais celle-ci se divisera sur les conditions à présenter au Roi. La question du drapeau paraissait pourtant résolue. Le 19 octobre, Mme de VALON recevait du préfet d’une grande ville, le courrier suivant : « arrivez sans tarder, chère Comtesse, si vous voulez assister à un grand spectacle- les temps sont proches-.. » Le 27 du mois, le Comte de CHAMBORD maintenait irrévocablement son choix sur le drapeau blanc. Deux années d’efforts en vain, l’espoir d’une restauration monarchique s’effondrait. Certains penseront que le Comte avait trouvé là un excellent prétexte pour fuir ses responsabilités. |
|
| La seconde tentative de restauration | |
En 1873, l’Assemblée Nationale avait élu pour sept ans MAC-MAHON président de la République. Le 15 février 1875, la majorité de l’Assemblée vote la loi constitutionnelle de la IIIème République. Le 16 Mai 1876, MAC-MAHON se sépare de son ministère issu de la majorité républicaine, menée par GAMBETTA. L’Assemblée est dissoute, mais les républicains sont réélus et confortent même leur majorité. MAC-MAHON, en maintenant son ministère, se trouve dans une situation intenable. Le maréchal pense à un homme comme POUYER QUERTIER pour mener son gouvernement. La situation presse, la Chambre doit entrer en session le 4 Novembre 1877. Le 2, BROGLIE, ministre de la Justice, écrit à POUYER QUERTIER (son président au Conseil Général de l’Eure) : « .. je crains de ne pas vous avoir assez dit le service que vous rendriez au maréchal en lui apportant un ministère avant l’ouverture de la Chambre… Courage donc, tirez-nous d’affaire. C’est digne de vous… » POUYER QUERTIER répond alors au maréchal : « …c’est demain l’élection des Conseils Généraux, je suis moi-même obligé de passer ma journée dans mon canton de FLEURY SUR ANDELLE. Je ne pourrai donc rien faire dans la journée du 4 Novembre. Je serai de retour lundi pour prendre vos ordres, Monsieur le Maréchal… » Vers dix heures du soir, POUYER QUERTIER rentre alors à Rouen, lorsque le train stoppe. Le chef de gare, à la lanterne, cherche le wagon de notre homme et lui annonce « Mr le Président de la République me charge, par télégramme, de vous prier de vous arrêter ici pour revenir à Paris. Un train spécial est en route pour vous ramener » Finalement POUYER QUERTIER fait part, sans ambiguïté de son refus, par un courrier à MAC-MAHON : « …je ne veux point vous laisser ignorer plus longtemps que la mission que vous voulez me confier est irréalisable… ». Un premier ministère est composé le 23 Novembre, un second le 13 Décembre. Mais on n’aura pour autant pas cessé de solliciter POUYER QUERTIER.La campagne monarchique n’est pas abandonnée : la propagande se poursuit à l’aide de brochures, tracts, almanachs, conférences, banquets. Cette campagne est menée par le cousin d’Apollonie, légitimiste convaincu : Henri DREUX BREZE. Les souscriptions atteignent des chiffres très élevés. Mr de VALON et POUYER QUERTIER débourseront 10000F chaque année entre 1877 et 1879. En 1879, la mort tragique du prince impérial, au cours d’une expédition anglaise en Afrique du Sud chez les zoulous, laisse espérer aux royalistes un ralliement des bonapartistes. Ce sera une déception, madame de VALON pouvant tout de même se flatter de la conversion de Tristan LAMBERT. Le traité d’alliance entre légitimistes et orléanistes bat de l’aile. Au cours de l’année 1879, des manœuvres militaires importantes eurent lieu dans le VEXIN. Les Princes d’ORLEANS - Le comte de Paris - le duc de Chartres - le duc de Nemours- y assistèrent et passèrent quelques jours à CHARLEVAL. Le Duc de CHARTRES ne pouvait manquer à cette occasion de retrouver le château de ROSAY et la famille de VALON. En octobre 1879, Mme de VALON dans une très longue lettre à son cousin DREUX-BREZE, relate ses rencontres et sa correspondance avec ces princes orléanistes : «Mon cher Henri, Je me réservais de vous conter, un de ces jours, au coin de mon feu ou du vôtre mes impressions sur la présence des princes d’Orléans dans la vallée de l’Andelle….je vais vous conter la visite que le duc de Nemours a bien voulu nous faire à Rosay. Le Prince arriva quelques minutes avant le déjeuner. Le duc de Chartres l’avait précédé…. Le duc de Nemours passant dans la salle de billard : « voilà Marguerite de Lorraine, dit-il. Vous avez là une duchesse d’Orléans, mais elle n’est pas mon aïeule. Je descends du duc d’Orléans, frère de LouisXIV » - « et de HenriIV, repris-je » - « et je suis ainsi le cousin du Roi, répondit le Prince » - « Ah ! Monseigneur, m’écriai-je, quel bonheur d’entendre chez moi Votre Altesse Royale prononcer ces mots : Le Roi !.. Je ne sais comment en exprimer ma reconnaissance. Les larmes me vinrent aux yeux…mais vinrent aussi aux yeux du Prince. Il me baisa les mains et dit : « je vous remercie Madame, de votre émotion, je suis heureux d’être chez vous»…Une heure après nous fûmes dans le parc, et toute ma vie je garderai le souvenir de la longue conversation dont Mgr le duc de Nemours voulut bien m’honorer…il me dit « …il faut une grande union entre tous les gens de bien…il faut que nous cherchions tous à ramener à nous les impérialistes catholiques et honnêtes et former un seul grand parti monarchique. En agissant ainsi, nous nous conformons du reste au désir exprimé par Mr le comte de Chambord…………….( puis parlant du comte de Paris) on lui reproche parfois de ne rien dire, de ne pas se montrer. On a tort. Du moment qu’il a été vers le Roi, il comprend avec raison que c’est au Roi à parler, à agir. On dit aussi que nous ne sommes pas tous d’accord. C’est faux encore. Toutes les questions de fusion, de rapprochement ont été décidées en famille..…il me dit que j’allais avoir la visite du comte de Paris, que je le trouverais très timide, mais que je rendrais justice à ses grandes qualités…...…Le Prince est resté une heure un quart. La conversation s’étendit sur les manœuvres, l’agriculture, l’industrie et le pays- « mon frère aime bien la forêt de Lyons et votre joli Rosay, me dit le Prince, il m’en a tant parlé, tant écrit, et cela pendant la guerre… Je connais Rosay comme si j’y étais déjà venu. Aussi avais-je bien à cœur d’y venir vous remercier de votre lettre du 29 septembre. Ma visite vous dit ma réponse » . Lorsque le Prince fut parti, M. de Valon me dit: « souvenez-vous que cette démarche du Prince est un fait politique »…. Lisez ma lettre, si vous en avez la patience, mais ce que vous ferez certainement, c’est de dire avec moi : « Vive le Roi ! » Apollonie Cette lettre d’Apollonie sera portée à la connaissance du duc de Chambord. Il en sera fort satisfait et qualifiera de « vaillante femme qui n’a jamais bronché » madame de VALON. Un incident, provoqué par un directeur de journal, avait laisser à penser quelques jours auparavant, à la discorde entre légitimistes et orléanistes. Mme de VALON avait reçu dans son château, de la bouche même du comte de Paris, son assurance de loyauté envers le duc de Chambord. Les banquets avaient repris dans le plus grand enthousiasme. Et Mr le Comte imaginait déjà sa femme aux portes de l’Histoire de France… Hélas pour eux, quelques semaines plus tard aux élections de 1879, le parti républicain devenant majoritaire au Sénat, MAC-MAHON était contraint à la démission. Les espoirs de Restauration s’évanouissaient, la République s’installait définitivement. |
|
| Plusieurs
deuils frappent alors l’entourage de Mme de VALON. Elle s’éloigne de la
vie politique. Le Comte et la Comtesse ne passeront plus qu’une saison à Rosay, en raison des obligations d’élu de Mr de VALON. Ils se retireront à Saint Priest, sur les terres de son mari. M de VALON décède le 12 mai 1887. Mme de VALON s’éteint le 9 Avril 1904. |
![]() |
![]() Marie Frédéric Amaury, le fidèle serviteur et la comtesse de Valon devant le château de Thévalles (Mayenne) |
|
![]() 1847-1913 LA CONSTANCE EN AMITIE EST VERTU NORMANDE COMTE de VALON 1847-1887 VICOMTE de VALON 1887-1913 Souvenir de 25 années de mandat René de VALON Conseiller Général |
|
| La muse Apollonie de Valon | |
|
|
|
|
![]() La comtesse de Valon |
|
Portrait-charge par André GILL en 1878 Paul de CASSAGNAC se fera une bruyante notoriété par les emportements de sa plume et par ses nombreux duels. Rédacteur en chef du Diogène et du Pays |
|
| Les
enfants de Valon |
|
| Apollonie-Valonette (1847-1927) ,
la fille, est mariée depuis 1869 au Marquis de CASTELBAJAC et vit au
château d’ARGUEIL. Ils auront quatre enfants que l’on retrouve sur une
page perso consacrée à la généalogie de la famille CASTELBAJAC. Le dernier
de ses enfants, Gaston comte puis marquis, aura un petit-fils, Guilhem
, actuel marquis de Castelbajac.(le couturier Jean Charles est son cousin
) Apollonie-Valonette décède en 1927. |
|
![]() Séjour au château de Saint-Priest dont avait hérité Bertrand de Valon Le marquis de Castelbajac au fond, en second plan la marquise Apollonie-Valonette |
|
![]() Apollonie-Valonette |
|
|
|
![]() portrait réalisé par la baronne Lambert, soeur de Robert de Rothschild |
![]() |
![]() Le comte Bertrand de Valon à Fleurines |
La personnalité
du comte Bertrand de Valon est évoquée par le texte et
l'image dans une remarquable brochure réalisée par le
musée de la vénerie de Senlis (Oise). Voir d'autres documents sur ce site: |
![]() Bertrand de Valon disposait de cette maison lorsqu'il venait rendre visite à son frère |
|
Le Vicomte René (1853-1940) épouse Mlle de Saint-Léon et s’installe au château. Il est veuf durant la guerre de 14-18. En secondes noces, il se marie avec Marthe Marie Chainel de Nodi le 10 décembre 1931. Il n’aura pas d’enfant. Il s'était engagé à 17 ans en 1870. Il poursuit son engagement militaire et participe à l'expédition de Tunisie en 1881 qui aboutira au protectorat de 1882. Après le décès de son père en 1887, il prend sa succession politique et sera maire de Rosay, Conseiller Général du canton de Lyons et vice-président du Conseil Général de l’Eure. |
|
![]() Le vicomte René de Valon |
|
| En
1937, ruiné, il est contraint de vendre le château à Mr Quevillon. Il
se retire dans la demeure de son épouse à GRAINVILLE, dans une maison
de maître située sur la nationale, à la sortie du village. Il décède le 3 Août 1940 et repose au cimetière de Grainville à 8 km de son château. La famille de VALON s'éteint dans cette branche, les deux garçons n'ayant pas laissé de descendance. |
|
![]() Cette photo est prise à la porte-fenêtre de la maison de Grainville. |
|
Comment a-t-il pu dilapider autant de biens en un demi-siècle ? Le Comte Léon avait un jeune frère, Alexis, qui avait hérité des mille hectares du domaine familial de Saint Priest. En 1851, âgé de 33 ans, Alexis se noie au cours d’une promenade familiale en barque sur les bords d’un étang. Léon récupère les biens de son frère. La Comtesse de Ruffo, la grand-mère, qui avait légué à Léon le château de Rosay, possédait le château d’Argueil. On sait qu’Apollonie-Valonette s’y installera dès son mariage en 1869, le château probablement hérité. Propriétaire de plusieurs fermes, moulins, herbages, les revenus étaient multiples. Durant les années fastes, il y eût une dizaine de personnes employées au château. La vie se poursuivra ainsi jusqu’à la première guerre mondiale. Par la suite, le train de vie s’affaisse. Les charges du personnel s’alourdissent considérablement, les revenus des baillages sont moins lucratifs. Il semble aussi que certains abuseront de la crédulité du Vicomte. Les emprunts permettront de maintenir encore quelques années l’illusion. Les derniers biens de la famille de VALON seront dispersés lors d’une adjudication en 1942: la ferme des Fieffes, la ferme du Chêne Varin, l’ancien moulin à eau de la Bretêque et divers herbages au bord de la Lieure. L’ensemble représentait 20 lots. |
|
![]() |
|
| La période 1940-2000 | |
|
|
|
| L'affaire
est maintenant gérée par le groupe CHATEAUFORM'.
Le château de Rosay va profiter au cours des mois suivants de nombreuses
transformations ses murs et dans le parc avec installation d'un tennis,
stand de tir à l'arc et la réfection des nombreux chemins.
Le château accueille depuis le début de l'année
2005 séminaires, congrès, réunions. N’est-ce pas le passé prestigieux des lieux, de ses propriétaires influents, qui n’autorisent pas la demi-mesure ? |
|
Souvenirs et hommages en 2005 et 2006 |
|
|
|
| En
2006, la ville de Tulle honore la fondatrice et bienfaitrice de l'harmonie
municipale"Les Enfants de Tulle", à l'occasion du 150ème
anniversaire de sa création. Le souvenir que la comtesse a laissé est marqué, aujourd'hui encore, par une profonde reconnaissance de la population |
|
Bertrand de Valon, à droite |
En
2005, du 9 septembre au 19 septembre, le musée de la vénerie
de Senlis (Oise) organise une exposition et édite une brochure
à l'occasion du 70ème anniversaire de sa création.
Cette brochure évoque le comte Bertrand de Valon et son équipage "Par Monts et Vallons". Le comte en avait été le fondateur et maître de 1885 à 1930 |