La famille de Frémont d'Auneuil (1669-1837) |
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d'azur à trois têtes de léopard d'or lampassés de gueules |
Nicolas de Frémont d'Auneuil (1622-1696) est issu d'une famille de juristes rouennais. Nicolas de Frémont vit à Paris, dans la paroisse Saint Roch (1er arrondissement). De son premier mariage en 1648, il a deux filles, Elisabeth et Suzanne, qui entrent en religion. Un second mariage en 1655 lui donne trois enfants dont Nicolas, né le 22 février 1866. Il achète le domaine de Rosay le 17 mai 1669 à Jean-Baptiste Leblanc puis l’année suivante en 1670 les terres d’Auneuil et d’Andainville (Somme) devenant ainsi Nicolas de Frémont d’Auneuil. M. de Frémont, qui est fort bien en Cour, sollicite l'érection de ses fiefs en marquisat de Rosay. Il avait occupé de hautes fonctions : secrétaire du Roi en 1665, Grand Audiencier de France en 1674 puis l'un des gardes du Trésor Royal en 1689. Pour avoir combattu dans la guerre de Hollande (1672-1678), il obtient en récompense du roi Louis XIV ce marquisat, le 9 septembre 1680.
L’ascension et la puissance de la famille est remarquable. Dans son ouvrage Argent pouvoir et société au Grand Siècle, Daniel Dessert évoque en termes élogieux Nicolas de Frémont : « Pour beaucoup de ces financiers, le lobby Colbert a été un moyen de réussite incomparable : à cet égard, l’exemple de Nicolas de Frémont est tout à fait remarquable. issu d’une famille d’officiers et de robins, nobles peut-être depuis le XVIéme siècle, il entreprend une cheminement qui ressemble à la carrière classique d’un officier aisé de finances. Tour à tour correcteur en la chambre des comptes de Montpellier, conseiller d’état, trésorier de France en Provence, secrétaire du Conseil et enfin garde du Trésor royal, on pourrait voir dans ce cursus l’ascension d’un grand officier. En réalité, derrière cette brillante progression, couronnée par le titre de marquis d’Auneuil, se dissimule l’irrésistible élévation d’un des plus grands financiers de la seconde moitié du XVIIéme siécle…. Sa réussite sociale éclatante est comparable à son succès financier.». Menacé d’être balayé dans l’affaire Fouquet (1661), il avait su opérer un virage judicieux et lier son sort à celui de Colbert.
Au château de Rosay, on a aménagé un parc à la française et construit une glacière dans le bois du Défens, un ouvrage rare de nos jours, construit en brique et parfaitement conservé. Cette réussite financière, selon les convenances, doit se compléter d’œuvres charitables envers ses sujets. Les épidémies et les fièvres affligent la normandie, le village de Rosay est particulièrement touché. Le roi, fait procéder à l’envoi de médicament. Un siècle plus tard, les demandes de médicaments seront continuelles entre 1755 et1776. La distribution et l’application de ces remèdes sont confiées aux sœurs-grises établies par Mme de Frémont en 1695 qui versait une rente de 6000 livres. Outre secourir les pauvres malades, elles devaient tenir les petites écoles « aux pauvres petites filles, sans y recevoir aucun garçon » et visiter les enfants trouvés en grand nombre à Rosay. Beaucoup de femmes de Rosay s’occupaient d’élever des enfants trouvés qu’elles sollicitaient des établissements de la capitale. Les restrictions financières de la commune obligèrent Mme de Frémont à donner une maison avec le mobilier nécessaire le 18 décembre 1700. En 1709 et en 1720, Nicolas II dût augmenter son aide aux sœurs-grises. En 1890, le comte de Valon versait encore une rente de 500 livres. L’année du décès de Nicolas I de Frémont à Paris en 1696, la famille acquiert le domaine de Bry (sur Marne). |
![]() Cadastre de 1813 Le château est la propriété d'Antoine de Frémont. De l'avenue d'ormes, il ne reste de nos jours que quelques spécimens. Dans l'alignement des ailes du château, on remarque un colombier et une chapelle qui seront démolis avant le cadastre de 1847. |
![]() Cadastre de 1847 La transformation du parc à l'anglaise par le comte de Valon n'apparait pas encore. La chapelle et le colombier sont détruits. |
![]() Le bois du défend à flanc de colline. Malgré cela, on note la géométrie des jardins à la française Cadastre de 1848. La glaciaire est notée en limite de bois près de la route. |
Christophe Louis de Frémont de Bellefontaine (1735-1783) marquis de Rosay (1767-1783)
Christophe Louis passe inaperçu dans la notice de P Duchemin qui attribue le déplacement du village à M de Charleval (Adrien Robert). Il aura deux enfants, Antoine et Adrien nés en 1762 et 1767. Mauvaise destinée du couple, son épouse disparait en 1778, âgée de seulement 42ans et lui-même 5ans plus tard à 48ans, laissant deux orphelins de 21 et 15ans. Antoine et Adrien deviennent respectivement marquis et comte de Rosay. Ce dernier, handicapé, est placé sous tutelle, un certain Bonnard nommé curateur. Il décèdera avant la fin de la Révolution. Mais c’est Adrien Robert, présent dans les actes notariés, qui semblent gérer les biens. |
Antoine Nicolas Louis Charles de Frémont d'Auneuil (1762-1827)
Antoine Nicolas nouveau marquis de Rosay en 1783, après le décès de son père, ne va pas tarder à entrer dans la tourmente de la Révolution et assumer seul la situation, son oncle Adrien Robert décédant en 1792. Il va gérer très honorablement cette période, abondamment traitée par P Duchemin dans sa notice. Le 5 avril 1789, l'assemblée paroissiale réunie à l'appel de la cloche de l'église se tient dans la grande salle du presbytère. On doit procéder à la rédaction des cahiers de doléances qui doivent être soumis aux Etats Généraux de Versailles le 5 Mai. On n'y trouve pas de récriminations à l'encontre des droits seigneuriaux de la famille de Frémont, certainement appréciée à Rosay. La présence d’Antoine de Frémont à Rosay est notée en plusieurs occasions au village. Il n’a donc pas émigré comme beaucoup de noble le firent dans cette période agitée. Le 12 floréal anII (1er mai 1794), le Conseil général du district des Andelys attestait que le sieur Frémont, seigneur de Rosay, n’était pas compris dans les émigrés, que ses biens n’avaient pas été mis sous séquestre mais qu’il était en détention en vertu d’un arrêté du représentant du peuple, Siblot. Antoine est libéré quelques jours après ainsi que son jeune frère Adrien qui sera déposé, à cause de ses infirmités, en son château de Mussegros. Les deux frères sont de nouveau arrêtés en 1796. Le 17 vendémiaire anIII , MM de Frémont aîné et jeune étaient remis en liberté et les scellés, apposés chez l’ex-seigneur de Rosay, levés. M de Frémont est alors qualifié laboureur. Le 24 germinal de la même année MM de Frémont et Tirebarbe sont autorisés à chasser les loups dans l’Eure, la Seine Inférieure et l’Oise avec 12 chevaux et 10 hommes (4). Et autant d’hommes employés à la chasse ou au château qui pouvait échapper à la conscription. Les seigneurs de Rosay jouissaient alors d’une reconnaissance de la population. Avec l’abolition des privilèges, M de Frémont avait perdu ses droits de bois de chauffage en forêt de Lyons. Vers 1805, celui-ci adresse une supplique à l’administration supérieure et obtient gain de cause et même arrérages de son chauffage depuis l’anV. On peut penser qu’il intervient aussi pour les habitants de Rosay car un arrêté préfectoral de 1806 les rétablit dans leurs anciennes coutumes. Le 22 octobre 1810 puis le 4 juillet 1813, M de Frémont est installé comme maire et réélu le 23 mai 1815 sous la Restauration puis le 26 juillet 1826. Le 7 septembre 1813, le maire M de Frémont est contraint de démissionner. Il a conservé son domicile à Paris, alors que l’article 106 du code civil lui impose de résider dans la commune. Il conteste, s’engage à demeurer à Rosay et est rétabli dans sa fonction. Le 30 octobre 1814, on note dans la registre du conseil municipal le serment de M de Frémont : « Nous Marquis de Rozay et conseillers, convoqués à l’issue de la grand-messe, avons prêté serment au Roi le XVIIIème Louis, à haute voix, mains posées sur le Livre de l’Evangile : « je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, n’avoir aucune intelligence et n’assister à aucun conseil, n’entretenir aucune ligue qui soit contraire à mon autorité et si par ailleurs j’apprends qu’il se trame quelque chose à mon préjudice, je le ferai connaître au Roi ». Le laboureur est redevenu marquis ! En l'absence de registres avant 1810, on peut supposer que le marquis prend épouse sous le Premier Empire. Le 17 mars 1817, est inscrit dans le registre du conseil municipal la naissance du marquis de Rosay. Cet enfant a dû décéder jeune. Le 30 octobre 1822, le marquis épouse Marie Anne Antoinette Thérèse d’Arros de Beaupuy. Il a 60ans, elle 43ans. Elle aurait vécu en Guadeloupe, la réputation d’avoir le sang chaud. Antoine Nicolas de Frémont décède durant son mandat de maire, le 30 septembre 1827. Elle aurait vécu en Guadeloupe, la réputation d’avoir le sang chaud. Antoine Nicolas de Frémont décède le 30 septembre 1827. |
| Marie Anne Antoinette Thérèse d’Arros de Beaupuy (1779-1837) marquise usufruitière Le marquis et son frère Adrien étant décédés sans postérité, la marquise de Rosay obtient l’usufruit de leurs biens. Le 12 avril 1830, elle épouse en secondes noces Henri de Chandler, un écuyer, officier supérieur de la Garde Royale. Depuis deux ans, Mme de Chandler prépare une sépulture pour le marquis et son grand oncle. On peut supposer que la chapelle du château est en mauvais état car le comte de Valon va la détruire quinze ans plus tard. Mme de Chandler a confié l’arpentage d’un terrain de 17m², attenant à l’église, à Pierre Leroy de Mussegros. L’ordonnance du Roi est signée le 1er juillet 1829. L’acte d’achat est finalisé à Lyons chez maître Charles Leroy. On y découvre que Mme de Chandler est « contractuellement séparée» de son époux. Mme de Chandler s’engage à verser 300F à la caisse du receveur municipal ainsi qu’une rente annuelle et perpétuelle de 50Fau profit des pauvres de la commune (avec arrérage depuis 1828 !). Le mariage avec M de Chandler n’aura duré que quelques semaines. Pour autant, M de Chandler poursuit ses visites au château et fait jaser le canton (voir annexes) . Les difficultés financières de la commune sont récurrentes. En 1833, la commune doit assurer le traitement de 200F et le logement gratuit de l’instituteur. Mme de Chandler viendra à son secours en fournissant gratuitement le logement. Le 1er novembre 1833, par acte inscrit au registre des délibérations, elle prend sous sa protection une enfant abandonnée de trois ans jusqu’à sa majorité. A la mort de la marquise le 10 août 1837, c’est Henri de Chandler qui déclare le décès à la mairie de Rosay. Elle avait 58ans, M Chandler la déclare née à Paris. M de Chandler décède en 1840. On peut encore voir aujourd’hui les trois pierres tombales de Marie-Anne de Beaupuy (1837), de son premier mari Antoine de Frémont (1827) et du marquis Adrien Robert de Frémont (1792). |
![]() En 2020, la parcelle est entourée d'une haie de buis. Cliché de 2001 |
La succession de Frémont en 1838
Adrien, le jeune frère de Nicolas, était décédé peu après la Révolution à l’hôpital de Charenton. Les deux frères de Frémont n’ayant pas eu d’enfants, la liquidation de leur succession s’organise entre collatéraux, en témoigne l’annonce parue dans la Quotidienne du 3 août 1838. La terre de Rosay est rachetée par la comtesse de Ruffo, propriétaire du château d’Argueil. Elle avait épousé en premières noces le marquis de Gaudechart dont une fille épousa le comte de Valon, député de la Corrèze et maire de Tulle. De ce ménage naquirent deux enfants : Léon et Alexis. La comtesse de Ruffo donnera Rosay comme cadeau de mariage à son petit fils Léon en 1845. La comtesse de Ruffo, née Anne Louise de Trie-Pillavoine (1765-1854), était la petite fille de Nicolas II de Frémont. Ainsi le fil de la succession du domaine
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(1) Dictionnaire de l’Eure 1868 Charpillon et Caresme (2) Notice historique sur Rosay 1891 P Duchemin (3) Mémoire et correspondance du maréchal de Catenat, tableau généalogique de ses alliances. Mis en ordre et publiés par M Bouyer de St Gervais 1819 (4) Connaissance de l’Eure N°10, destruction des loups entre 1792 et 1795. M.A Dollfus 1973 (5) Wikipédia Château de Bry |